mercredi 12 février 2014

Un nouvel extrait de "La découverte de Gallipoli" !

Ce mois-ci plutôt qu'un traditionnel post, je vous propose de découvrir un nouvel extrait du Tome 2 ! A un mois de la clôture du financement de l'e-book il est grand temps que vous en découvriez un peu plus sur ce nouvel opus.

Il s'agit du deuxième chapitre, intitulé "L'entrée du pays des morts", dans lequel se situe la scène de la découverte d'un caveau byzantin en 1915 par des soldats français aux Dardanelles. Les objets qu'ils emportent avec eux, des icônes en l'occurrence, sont porteurs de la malédiction révélée dans le 1er tome par Anthémios. C'est cette découverte malencontreuse qui va ainsi propager et libérer cette malédiction. En cela, ce chapitre constitue en quelque sorte le pitch de départ de toute la saga et il est donc particulièrement pertinent et intéressant que vous le découvriez.

Cliquez sur le lien "Plus d'infos" pour le lire dans son intégralité.

Pour rappel, le premier chapitre est disponible sur www.bookly.fr 
Vous avez donc désormais la possibilité de lire les deux premiers chapitres de ce deuxième tome, soit environ les 35 premières pages. De quoi vous faire une meilleure idée de ce deuxième volet, et vous décider à participer à sa coédition je l'espère. 

A très bientôt et bonne lecture !

Olivier



CHAPITRE II  
L’entrée du pays des morts


                                              5

Saudal ne savait finalement pas grand chose de la découverte de ces objets, hormis la version que Lacourt lui en avait faite. Celle-ci s’était avérée bien succincte. Le 1ère classe avait préféré ne dire que l’essentiel, non par souci de concision ou de synthèse, mais pour taire les nombreux phénomènes étranges qu’il avait pu constater depuis que ces éléments avaient été découverts.
Cette découverte fut, en effet, beaucoup plus mouvementée que ce que Lacourt avait bien voulu en dire. Il avait tu de nombreux faits forts étranges qui l’avaient grandement troublé. Il s’était enfin abstenu de lui dire que ces objets étaient passés de main en main depuis leur mise au jour, et que chacune, l’une après l’autre, avait fini par trouver la mort.
Savoir tout cela aurait sans doute permis au capitaine de mieux comprendre ce que lui-même allait endurer les semaines suivantes et de mieux cerner cette étrange relation qu’il allait entretenir avec ces objets envoûtants.
De son côté, le soldat Lacourt s’était senti libéré après avoir laissé les icônes à Saudal. Il était soulagé de ne plus être le détenteur de ce coffret et de son intrigant contenu et satisfait, dans le même temps, d’avoir transmis ces objets historiques à sa hiérarchie qui saurait les mettre en sécurité et les léguer à des spécialistes compétents.
La mise au jour de ces éléments remontait à début juin. Quelques jours plus tôt, les troupes britanniques et françaises avaient échoué dans leur nouvelle offensive sur Krithia[1]. Les alliés étaient plus que jamais bloqués, et demeuraient dans l’incapacité d’avancer significativement sur cette péninsule si bien défendue par les troupes turques. Bien équipés et parfaitement encadrés par des conseillers allemands, les Ottomans faisaient preuve d’une résistance acharnée et parvenaient à repousser la plupart des tentatives alliées, faisant de cette presqu’île une forteresse inexpugnable. Près d’un mois et demi après leur difficile débarquement lancé le 25 avril, les alliés n’étaient toujours pas parvenus à effectuer une véritable percée, ils n’occupaient que l’extrémité de la péninsule et devaient se contenter de ne tenir qu’une fine et fragile bande côtière qui ne s’enfonçait que de quelques kilomètres à l’intérieur des terres. Les Turcs tenaient les hauteurs et étaient en mesure de mettre constamment la pression sur les camps alliés : même les positions les plus éloignées n’étaient pas à l’abri d’un obus ou d’une balle perdue.
Ce jour-là, alors que le soir pointait lentement et que le 2ème RMA était en première ligne depuis trois jours, le 3ème bataillon du régiment avait été chargé de procéder à une rectification de tranchée afin de faire disparaître un angle mort. Il était aidé en cela par quelques hommes du 1er bataillon ainsi que par quelques tirailleurs sénégalais esseulés du 7ème Régiment Mixte d’Infanterie Coloniale[2]. Les tirs turcs gênaient souvent les travaux, et le général Gauneval, venu les inspecter, fut d’ailleurs tué d’une balle au front. Après plusieurs heures de labeur effectuées le plus discrètement possible pour ne pas attirer l’attention de l’ennemi, la rectification était presque réalisée. Parmi ces soldats à l’ouvrage, un petit groupe de cinq hommes était situé un peu à l’écart du détachement. Ceux-là étaient en train de percer un boyau annexe, une ramification vers un autre passage déjà creusé non loin de là. Ce groupe était composé de deux tirailleurs et de trois zouaves du premier bataillon, dont un sous-officier. Ils étaient au pied d’une petite proéminence située dans ce qui restait d’une oliveraie, aux arbres sans doute millénaires, lorsque l’un d’eux frappa avec sa pioche sur une dalle. Elle était placée verticalement, ce qui intrigua le soldat. Poursuivant son excavation, il parvint à déplacer la dalle et à dégager l’entrée d’un petit souterrain. Il alerta aussitôt ses camarades, et s’adressa plus particulièrement au sous-officier.
-            Mon adjudant, venez voir ce que je viens de trouver ici, c’est étrange.
-            Qu’est ce qu’il y a Benhamou ? T’as trouvé du pétrole ? lui répondit le sous-officier de son accent rocailleux de l’Ariège.
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samedi 18 janvier 2014

Une famille de pèlerins meurt empoisonnée aux portes du monastère !

Dans ce premier post de l'année 2014, nous retrouvons Anthémios et Georges, qui, au milieu du dixième chapitre, sont confrontés à une étrange affaire : une famille de paysans ayant assisté à la procession de Pâques au monastère, deux jours plus tôt, se présente aux portes de l'établissement et y meurt rapidement, victime d'un mystérieux empoisonnement...


Dans cette partie du dixième chapitre, alors que Georges et Anthémios sont encore dans l'infirmerie et que Staurakios, l'herboriste, vient à peine de terminer de prodiguer des soins à un patient atteint de paludisme (voir post précédent), Méthode, le portier, fait irruption dans la pièce pour alerter le médecin d'un cas des plus urgents : une famille entière est mourante à l'entrée du monastère ! 

Une fois au portail, Anthémios reconnaît immédiatement la famille en question. Il s'agit des paysans qui ont consommé, à Pâques, le vin mélangé à la poudre extraite de l'icône représentant le mystérieux inconnu. Ils sont tombé malade quelques heures après la procession. Toute la famille est atteinte. L'épouse tombe inanimée dans les bras de Staurakios. Dans leur chariot, l'herboriste se rend vite compte que l'un des deux fils est déjà mort et que le second est évanoui comme sa mère. Seul le père est encore à peu près lucide, quant à la petite fille, elle est victime de fortes nausées. Le père accuse le mélange de vin et de poudre qui leur a été servi au monastère. Sa vieille mère est morte, elle aussi, après en avoir bu. Anthémios fait remarquer à Georges et Staurakios que cette icône avait été spécifiquement utilisée pour cette famille. Méthode le confirme aussitôt, ce qui trouble Georges, mais Staurakios reste dubitatif, il croit à une maladie contagieuse plutôt qu'à un empoisonnement. Le deuxième fils meurt dans les instants qui suivent... Staurakios fait alors conduire les parents et la fille à l'auberge. Ils y seront soignés plutôt qu'à l'infirmerie pour éviter toute contagion à l'intérieur du monastère. L'épouse y meurt rapidement à son tour... Devant la rapidité de cette mortalité, Staurakios s'isole avec Georges et reconnaît son impuissance. Il lui confirme qu'il est préférable de convoquer Anastase comme Georges le lui avait suggéré auparavant. 

Une réunion d'urgence est aussitôt organisée dans la salle d'audience. Anastase et tous les maîtres et principaux moines sont rassemblés. Anthémios a exceptionnellement le droit d'y assister malgré son statut de simple postulant. Une fois la nouvelle annoncée à tous, c'est la stupéfaction dans l'assemblée. Anastase demande le calme et cherche avant tout à préserver la réputation du monastère en s'inquiétant de voir la nouvelle se propager dans la région. Les moines réagissent différemment à la situation. Certains, comme Georges ou Basile, estiment qu'il est trop tôt pour confirmer que ces morts sont dû à un empoisonnement lié à cette icône et qu'il s'agit peut-être d'une contagion foudroyante. Anastase est pessimiste et sait que même si la responsabilité du monastère n'est pas engagée, il souffrira de la rumeur. Sa réputation se détériorera et ses finances et soutiens en pâtiront. Ce que confirme Hippolyte l'économe. L'higoumène cherche alors le meilleur moyen d'étouffer au plus vite tout risque. Après s'être renseigné sur cette famille, auprès de Rhômanos, le cellérier, il propose alors de trouver un arrangement avec ce paysan en suggérant de diminuer son loyer, voire de l'en exonérer. Il est soutenu par Hippolyte et Makarios dans cette idée mais Georges, lui, en est offusqué. Pour lui, cela revient à acheter le silence de ce malheureux paysan alors que la responsabilité du couvent n'est pas encore établie. Ce débat est vite clos, dans la mesure où Staurakios rejoint l'assemblée et annonce la mort du paysan. Acheter son silence ne sera donc pas nécessaire. Anastase est probablement soulagé malgré la consternation que jette l'annonce de cette nouvelle mort. Seule la fille reste vivante, malgré son jeune âge. Elle a bu beaucoup moins de vin que ses aînés. Staurakios reconnaît alors que cela confirme probablement l'hypothèse de l'empoisonnement. Il exclut de mettre en cause le vin, identique à celui utilisé pour les autres familles, et songe plutôt à la poudre de l'icône. 
Icône de l'échelle de l'ascension divine, monastère de Sainte Catherine du Sinaï, XIIème siècle
(Wikimedia Commons)

Makarios, le bibliothécaire, fait partie de ceux qui pensent à une intervention démoniaque et mettent en cause l'origine maléfique de ces icônes. Georges trouve cela grotesque et réagit avec véhémence, appelant à la raison et au bon sens. Basile, de son côté, reproche à Manuel d'avoir utilisé cette icône alors que son origine est si suspecte et entourée d'inconnu. Le peintre se défend en rappelant qu'il avait l'accord de l'higoumène pour le faire, ce qu'Anastase confirme. Georges demande alors l'expertise de Staurakios puis de Manuel au sujet d'une particularité éventuelle concernant l'état ou la constitution de cette icône qui pourrait expliquer sa nocivité. Ils ne lui trouvent rien de particulier et Manuel lui dit qu'il n'y a rien d'explicable car c'est la nature diabolique même de cette icône qui explique ces morts. La peur du diable est déjà un sujet de tourments dans cette période du moyen-âge très ancienne...    

Les réactions sont très partagées dans la communauté. Makarios est l'un des premiers à réagir en faveur de la remarque de Manuel. Georges le raille et s'étonne qu'un bibliothécaire cultivé comme lui se laisse prendre dans cette histoire. Il dénonce la crédulité de certains moines et prend alors pour exemple la vision d'Anthémios. Il annonce ainsi à tous les moines qu'Anthémios dit avoir décelé un sourire sur l'image. Il ne cherche pas à l'humilier mais à dénoncer cette fascination pour cette image entourée de légende. La communauté en rit mais Alexandre, l'ecclésiarque, réagit pour soutenir Anthémios et révèle à tous une expérience qu'il a lui même vécu avec cette icône vingt ans plus tôt. Il révèle à la communauté avoir aperçu furtivement le personnage représenté sur l'icône. Une apparition brève mais qui l'avait troublé. La nouvelle de cette apparition de spectre créé l'émotion dans l'assemblée et redonne du crédit aux partisans de la nature démoniaque de cette icône. Anastase regrette qu'Alexandre n'ait parlé de cette histoire que si tardivement mais il revient sur la vision d'Anthémios et souhaite que tout le monde aille la vérifier. L'assemblée se rend donc dans le catholicon et chacun observe à tour de rôle l'icône. Les observations restent très partagées. Les sceptiques comme Georges ou Basile ne voient rien. D'autres comme Makarios ou Manuel affirment voir clairement un sourire. Enfin, une dernière minorité de moines, comme Anastase, ont plus de mal à se prononcer. Chacun y voit en fait ce qu'il veut y voir. Anastase constate qu'ils ne sont pas plus avancés et les divisions se creusent encore davantage, entre Basile et Makarios par exemple. 

Manuel énumère alors tous les signes maléfiques liés à cette icône et demande à ce qu'un exorcisme soit pratiqué. L'exorcisme dans le monde byzantin existait évidemment comme il existait en Europe occidentale. Georges trouve ça grotesque et Anastase répond que personne ne maîtrise cette pratique au monastère. Manuel demande à ce qu'on fasse venir quelqu'un pour le faire, mais l'higoumène ne veut pas ce genre de publicité. Makarios propose alors de les détruire en les brûlant afin de purifier le monastère. Cette proposition reçoit une vive opposition, on craint la colère divine... 

Finalement le débat est clos par Anastase qui statuera plus tard sur le sort à réserver à ces icônes, il veut se donner un peu de temps de réflexion. D'autant que comme le rappellent Georges puis Narsès, l'ivoirier, la nature maléfique ou divine de ces icônes n'est pas clairement établie et que la communauté se déchire sans doute inutilement à ce propos. Pour l'higoumène, l'urgence, pour l'heure, est d'abord de s'occuper de la petite paysanne et de son avenir si elle survit. Rhômanos lui confirme qu'elle n'a plus de famille. Anastase suggère alors à Hippolyte et à Georges de la prendre en charge en attendant de trouver un couvent de moniales prêt à l'accueillir. Il imagine bien sûr un couvent lointain et isolé où elle sera soumise à la règle de silence... car il n'oublie de faire en sorte d'étouffer au maximum cette histoire et à protéger la réputation de son monastère...

A bientôt et meilleurs voeux pour la nouvelle année !

Olivier.  

         










dimanche 22 décembre 2013

Anthémios joue les infirmiers au monastère et découvre le pouvoir des plantes médicinales !


Pour ce dernier billet de l'année 2013, nous retrouvons Anthémios et Georges le surlendemain de la procession de Pâques décrite dans le post et le chapitre précédents. Ils sont amenés à porter assistance à un pèlerin de passage atteint de la malaria, l'occasion pour Anthémios de découvrir davantage le métier de Staurakios, l'herboriste du monastère...


Au début du dixième chapitre, Anthémios raconte que deux jours après la procession, au matin, Georges et lui faisaient chemin pour une nouvelle retraite dans la nature, lorsqu'ils furent sollicités près de l'auberge par Serge, le moine hôtelier. Ce dernier, affolé, leur explique qu'un voyageur de passage y souffre de fortes fièvres. Georges fait immédiatement venir Staurakios l'herboriste afin qu'il ausculte au plus vite le malade. Malgré un examen attentif, le diagnostic est difficile car le malade n'est pas en état de répondre aux questions et son accompagnant est muet. Staurakios réussit néanmoins à avancer en interrogeant Serge sur les symptômes que lui a décrit auparavant le malade puis sur l'itinéraire que ces voyageurs ont emprunté.  Serge lui apprend qu'ils sont originaires de Thrace et qu'ils reviennent de Myre, où ils sont allés se recueillir auprès du tombeau de Saint Nicolas. 
Icône de Saint Nicolas,
Monastère de Sainte Catherine du Sinaï,
première moitié du XIIIème siècle
(Wikimedia Commons)

Ce saint était si réputé que l'on se déplaçait souvent de très loin pour venir honorer ses reliques et espérer un miracle (comme retrouver la parole pour ce muet par exemple...). Elles faisaient ainsi l'objet de l'un des pèlerinages, même si ce mot est encore anachronique pour cette époque, les plus populaires de tout l'Empire. Saint Nicolas était, au IVème siècle, l'évêque de Myre, une cité située en Lycie, sur la côte méditerranéenne, dans le sud-ouest de l'actuelle Turquie. Nicolas était si réputé pour sa charité qu'il fut sanctifié à sa mort, le 6 décembre 345. C'est pourquoi on fête encore de nos jours la Saint Nicolas le 6 décembre... La légende hagiographique le concernant précise qu'il sauva des mains du bourreau trois officiers injustement emprisonnés sous l'empereur Constantin. Mais les représentations iconographiques byzantines minimisant la taille des soldats par rapport à celle du saint font que les chrétiens d'Occident, bien plus tard, furent induits en erreur et prirent ces soldats pour des enfants... c'est ce qui explique que depuis le moyen-âge, et de nos jours encore, ce saint est associé à l'enfance...
Tombeau original de Saint Nicolas dans la basilique de Myre
(Wikimedia Commons - Sjoehest)

Les ossements de Saint Nicolas restèrent dans le tombeau de Myre jusqu'à la fin du XIème siècle, mais en 1087 des marins originaires de Bari, en Italie, les dérobèrent et les ramenèrent dans leur cité d'origine. La réputation miraculeuse de ces reliques qui suinteraient, selon la légende, une huile sacrée, a semble-t-il attiré ces voleurs. En tout cas ce forfait vieux de neuf siècles fait que saint Nicolas est toujours le saint patron de la ville de Bari et ses reliques reposent dans la basilique qui y a été édifiée en leur honneur. C'est depuis cette translation à Bari que la réputation de saint Nicolas a vraiment essaimé à travers toute l'Europe occidentale et que celui-ci est ensuite devenu au fil du temps le saint de tous les enfants, sous le nom de Santa Claus ou du Père Noël... on est loin de la Laponie et des rennes dans la neige...  

Serge donne ensuite à Staurakios des détails sur l'itinéraire retour des deux pèlerins thraces. Il lui apprend ainsi qu'ils furent amenés à traverser l'ensemble des régions qui jalonnent la côte ouest de l'Anatolie. En insistant, Staurakios réussit à obtenir une information supplémentaire et capitale : le moine hôtelier lui apprend que les deux hommes ont séjourné dans une cité de Carie nommée Kaunos.
Mosaïque à proximité de la basilique byzantine de Kaunos
(Wikimedia Commons - Kjf Webmaster)
Or, celle-ci est connue pour être particulièrement malsaine, infestée de moustiques puisque construite à proximité d'une lagune. Cette bourgade vit alors d'ailleurs essentiellement de la production de sel et de salaisons. Le site naturel n'en demeure pas moins superbe comme vous le montre cette photo panoramique ci-dessous.

Vue panoramique du site et du port de Kaunos (Wikimedia Commons - Jörg Hempel)
Anopheles Albimanus sur un bras humain,
l'une des espèces de moustique véhiculant le paludisme
(Wikimedia Commons - CDC)
Depuis l'Antiquité, les habitants de cette ville sont réputés pour être constamment fiévreux et malades à tel point que cela est vite devenu un sujet de plaisanterie. Staurakios comprend très vite que ce pèlerin y a contracté le paludisme, qu'il désigne sous le terme de "fièvre des marais"...   A cette époque, on ne connaît bien sûr pas encore les causes de cette maladie, mais on sait qu'elle est liée aux zones marécageuses et on suspecte que l'air n'y est pas sain (d'ailleurs, le terme de "malaria" vient de l'italien "mauvais air"), mais sans incriminer forcément les moustiques... Le malade est conduit à l'infirmerie du monastère. Staurakios se rend alors dans l'herboristerie située dans la pièce voisine pour y préparer une décoction d'écorce de saule blanc (Salix Alba) afin de lutter contre la fièvre. 
Saule Blanc (Wikimedia Commons - Willow)

L'écorce de saule blanc était déjà connue depuis l'Antiquité pour combattre efficacement la fièvre, Hippocrate (460-377 av. J.C.) la prescrivait déjà. Celle-ci a donc des vertus fébribuges réputées depuis la nuit des temps, mais elle a aussi des qualités antalgiques, anti-inflammatoires ou antiseptiques notamment, à tel point qu'elle fut étudiée de près au XIXème siècle et qu'on en découvrit alors la substance active : l'acide salicylique, dont la synthèse chimique est plus connue sous le nom d'aspirine...
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samedi 19 octobre 2013

Etrange phénomène dans l'église du monastère : le personnage représenté sur l'icône mystérieuse a changé d'expression !


Le blog des "Icônes de sang' fait enfin sa rentrée et reprend son cours avec le neuvième chapitre qui voit Anthémios être confronté à un phénomène extraordinaire dans le catholicon. Ce jour-là, le dimanche de Pâques, il découvre en effet que l'inconnu représenté sur l'icône mystérieuse a changé d'expression ! Ce personnage arbore désormais "un sourire inquiétant" (titre de ce chapitre), ce qui ne manque pas d'intriguer Anthémios...


Au début de ce nouveau chapitre, nous retrouvons Anthémios, âgé, dans sa chambre, en train de livrer sa confession à Justin. Le prêtre intervient pour lui demander de préciser ce qu'il a à confesser car il ne sait toujours pas pourquoi Anthémios dit avoir invoqué le diable durant son séjour dans ce monastère. Pour le moment, tout lui semble relativement normal dans ce qu'Anthémios lui a décrit de son parcours de novice. Il aimerait que son ami en vienne aux faits. Anthémios le rassure et lui promet qu'il va y venir. Il lui apprend que, selon lui, tout a sans doute commencé le jour du dimanche de Pâques dans l'église du monastère...
Staurothèque byzantine datant du début du IXème siècle
(Wikimedia Commons - Metropolitan Musem of Art)

Ce matin-là, dans le catholicon, eut lieu la Grande Liturgie de Pâques. Anthémios fut émerveillé par l'atmosphère qui régnait durant la cérémonie : la lumière dans la nef, les effluves d'encens, les objets du culte mis à l'honneur, en particulier la staurothèque contenant une relique de la Croix, témoignage de la Passion du Christ (ce reliquaire a déjà été évoqué lors d'un précédent post, en janvier, la photo ci-contre vous en présente un exemple datant de l'époque du roman, au début du IXème siècle), et surtout par les chants majestueux plus beaux que jamais en cette fête la plus importante de l'année.
Codex musical byzantin du XVème siècle,
à l'effigie du chantre Jean Coucouzèle (1280-1360),
monastère Megisti Lavra, Mont-Athos
(Wikimedia Commons)

En interprétant les différents chants, hymnes ou psaumes de Pâques, comme le Doxastikon ou le Polyéléos, Anthémios ressentit de fortes émotions et fit l'admiration de Démétrios, le chantre, et de Georges, son maître. Le jeune novice éprouva bonheur et fierté durant cette Grande Liturgie. L'image ci-contre vous donne un aperçu d'un ouvrage musical byzantin, comportant notamment des neumes, la notation musicale médiévale.

C'est en quittant l'église, à la fin de la cérémonie, pour rejoindre le réfectoire, qu'Anthémios remarqua que l'icône à l'inconnu avait quelque chose de particulier ce jour-là. En l'observant plus attentivement, il remarqua que le personnage arborait désormais un sourire. Stupéfait, Anthémios s'en va vite rejoindre son maître Georges à l'extérieur du catholicon. Il parvient à le décider à revenir dans l'église. Là, il lui demande d'observer le personnage pour vérifier s'il ne remarquait rien d'anormal. Mais quand Anthémios lui affirme qu'il a changé d'expression avec ce sourire, Georges se montre sceptique. Pour lui, cet inconnu a toujours été vaguement souriant.

Anthémios reste catégorique et pour lui l'image n'était pas souriante auparavant. Il cherche alors à savoir si elle n'avait pas été retouchée par Manuel, le peintre, tout récemment. Georges exclue cette possibilité, et pour trancher il propose de prendre à témoin un tiers et s'adresse à Alexandre, l'ecclésiarque, présent dans le catholicon à cet instant. Il lui expose le problème et lui demande ce qu'il en pense, en tant que responsable des objets du culte. Mais le vieux moine sacristain a du mal à se prononcer car sa vue lui joue des tours. Il est incapable de dire si l'icône lui semble comme à l'habitude ou non. Pour lui, son expression a toujours été ambiguë. Il y avait peut-être un léger rictus mais rien de franc... Bref, son avis ne leur apporte rien de bien nouveau , en tout cas il ne confirme pas la conviction d'Anthémios à ce sujet. Pour Georges, très sceptique, Anthémios se fait des idées. Il met fin à cette conversation en lui proposant de se rendre au réfectoire pour le repas pascal. Une fois à table, Anthémios mange sans empressement ni appétit, il est très troublé par cette vision. Il se demande si ce sourire n'était pas un mauvais présage. Inquiet, il se souvient alors de l'avertissement que la sorcière lui avait adressé la veille de son arrivée au monastère. 

Plus tard, dans l'après-midi, Anthémios participe avec l'ensemble des autre moines à la traditionnelle procession que la communauté organise à l'extérieur du monastère devant le portail, à l'attention des dévots de la région. A cette occasion, unique dans l'année, les moines ont sorti la staurothèque et les icônes de la clôture du monastère pour les rendre accessibles au public. A l'approche de ces reliques, les dévots espèrent une bénédiction en leur adressant des prières ou en les embrassant. C'est le seul moment dans l'année où l'ensemble des moines peuvent être en relation avec le monde extérieur. La foule attirant les mendiants et les infirmes, l'affluence à l'entrée du monastère est importante. 
Procession à proximité du catholicon du monastère Esphigménou, au Mont Athos,
lors de l'Ascension en juin 1978 (Wikimedia commons - Lipsio)
Les moines offrent également la possibilité, moyennant finance, de prélever de la poudre d'icône en raclant légèrement la peinture. Une fois recueillie celle-ci est mélangée à du vin, et la mixture miraculeuse obtenue est censée protéger et guérir celui qui la boit. La poudre peut être aussi vendue sans être diluée, pour être emportée et consommée plus tard par le dévot. Cette pratique, sans être systématique, était assez répandue dans les églises, les monastères ou les lieux de pèlerinage byzantins. Ce rituel n'est donc pas spécifique à ce monastère fictif. 

C'est Manuel, l'iconographe, aidé de son assistant Alexis, qui est chargé de cette tâche.  La forte affluence et le succès de ce rite font que Manuel doit utiliser l'ensemble des icônes pour fournir la quantité de poudre suffisante. Il lui faut en effet alterner les images pour éviter d'en endommager une plus particulièrement. Sur la fin, le peintre doit se résoudre à utiliser les deux icônes mystérieuses, ce qu'il n'avait jamais eu à faire les années précédentes... Il demande d'abord à Anastase, l'higoumène, ce qu'il en pense. Celui-ci lui donne son accord. La poudre de l'icône de la vierge à l'enfant fut ainsi servie à une demi-douzaine de personnes, quant à celle tirée de l'icône à l'inconnu, elle fut destinée à l'usage d'une famille de paysans de la région : un couple et ses trois enfants, chacun d'eux consommant une gorgée de cette mixture. 

Ainsi se termina ce dimanche de Pâques, qui, pour Anthémios, restera d'abord marqué par cette incroyable histoire d'icône changeant d'expression et qui l'inquiéta profondément.

A bientôt pour un nouveau post sur le blog des "Icônes de sang" !

Olivier.     

   

  

mercredi 14 août 2013

Une retraite philosophique en pleine nature en compagnie de Frère Georges et d'Anthémios ! (2/2)

Nous retrouvons Anthémios et son maître, Georges, pour la suite de leur retraite philosophique au milieu de la nature que nous avions commencé le mois dernier dans le post précédent. Il y est encore question de quête de la sagesse, mais Georges revient surtout aux fondamentaux en tentant de définir d'abord ce qu'est la sagesse, en s'appuyant en particulier sur Platon et la pensée socratique. C'est un nouvel instant de révélation pour le jeune postulant... 


Dans cette partie du huitième chapitre, Georges laisse Anthémios réfléchir et méditer sur ce qu'il vient de lui dire, puis il finit par lui poser une question plus abrupte : selon lui, qu'est-ce que la sagesse ?
Héraclite, peinture de Johannes Moreelse, vers 1630,
Centraal Museum d'Utrecht  (Wikimedia Commons)
Platon, Sénèque et Aristote, enluminure du XIVème siècle
tirée d'un manuscrit regroupant différents textes philosophiques,
vers 1325-1335, Devotional and Philosophical Writings London
(Wikimedia Commons)

Anthémios est confus, car il comprend bien la difficulté de la question, mais n'ayant pas de réponse satisfaisante à fournir il reste muet et gêné. Georges éclate alors de rire et le charrie un peu avant d'évoquer avec lui les conceptions de la sagesse, souvent fort différentes, qu'ont eu de grands philosophes : Héraclite, Aristote ou Sénèque. 

Mais c'est sur Socrate qu'il préfère insister, car sa méthode lui paraît la plus probante. Georges se base plus particulièrement sur un dialogue socratique de Platon : Le Charmide. Anthémios découvre ainsi la démarche dialectique de Socrate : la maïeutique, l'accouchement de l'âme.
Portrait de Socrate,
marbre romain du Ier siècle,
Musée du Louvre
(Wikimedia Commons - Eric Gaba)
Fac similé d'une page du Codex Oxoniensis Clarkianus 39,
manuscrit daté de 895 et présentant le début
du dialogue du Charmide (Wikimedia Commons - Sijthoff)




Le dialogue du Charmide tourne autour de la définition de la sagesse et met en scène Socrate, Charmide, un jeune homme censé représenter l'idéal de la personne humaine dans la pensée philosophique grecque traditionnelle (l'homme "kalos kaï agathos", littéralement "beau et bon") et enfin l'oncle de ce dernier : Critias. Dans ce dialogue, Socrate cherche à démonter et contrer les vertus supposées de Charmide, tandis que Critias cherche, lui, à les défendre. 

Par un habile jeu de questions, Socrate parvient aisément à placer son interlocuteur dans une auto-contradiction. Ce dernier en vient à se remettre en cause dans ces certitudes, à le disposer dans une plus grande modestie intellectuelle. Il va devoir se poser des questions sur lui-même, sur ce qu'il sait vraiment... bref, se connaître lui même...

Georges aborde ainsi le fameux précepte du "Connais-toi, toi-même" (le Gnothi Seauton), que l'on peut lire sur le fronton du temple de Delphes, dans le sanctuaire d'Apollon.
Temple d'Apollon à Delphes, sanctuaire des oracles (Wikimedia Commons - Frank Fleschner)

L'objet de ce dialogue, plus que de définir la sagesse, est donc de pousser à faire cet examen de soi pour se mettre dans les meilleures dispositions intellectuelles pour apprendre. C'est d'ailleurs ainsi que Georges clôture son allégorie en précisant à Anthémios que l'essentiel n'est pas de remplir entièrement son canthare, mais de faire la démarche nécessaire pour y parvenir en adoptant cette honnêteté intellectuelle. 
Abside de l'église Saint Jean du monastère du Stoudios,
bâtie vers 462, l'un des plus anciens vestiges d'église
encore visible à Istanbul (Wikimedia Commons - Imrahor)

Anthémios comprend très bien le message. Mais curieux comme toujours il demande à son maître comment il a connu le dialogue du Charmide, et celui-ci lui répond qu'il l'a étudié parmi d'autres textes profanes lorsqu'il se trouvait dans d'autres monastères, en particulier au Stoudios, le monastère le plus important de Constantinople (dont il reste quelques ruines visibles à Istanbul, voir photo ci-contre), ainsi que dans celui qu'il connut auparavant dans sa région sur les pentes du Mont Olympe de Bithynie.
Le Mont Uludag (Wikimedia Commons - Tone)

Une montagne aujourd'hui connue sous le nom d'Uludag ("montagne haute" en turc), 2 543 m, dans le nord-ouest de l'actuelle Turquie, et dont le surnom turc reste "la montagne des moines", tant la présence de monastères et d'ermites était importante à l'époque byzantine. De nos jours, cette montagne a perdu quelque peu de son aura mystique et elle est désormais plutôt célèbre pour le tourisme, puisque qu'elle est un spot important pour le trekking et le camping l'été et que se trouve sur ses pentes l'une des principales station de ski turque... 


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