vendredi 22 mars 2013


Des images mystérieuses et controversées dans l'église du monastère !

Ce mois-ci nous retrouvons Anthémios lors de sa visite de l'église, pendant laquelle il découvre l'histoire de deux étranges icônes dont l'origine même s'avère mystérieuse : certains les pensent miraculeuses ou divines, d'autres diaboliques ou néfastes... Son maître Georges lui révèle la légende qui entoure ces icônes et qui est liée à un ancien moine du monastère, d'où le titre de ce sixième chapitre : "l'étrange histoire des icônes du moine Jean"...

Alors qu'il termine sa visite de l'église, Anthémios observe des icônes apposées sur des pupitres. Son attention est particulièrement attirée par deux icônes exposées dans un coffret en ivoire et formant un diptyque. 
Icône à l'encaustique représentant Saint-Pierre,
VIème siècle, Monastère de Sainte Catherine du Sinaï 

(Wikimedia Commons / Ghirlandajo)

Il constate d'abord que contrairement aux usages habituels ces images ne comportent aucunes initiales, ni objet ou signe distinctif confirmant qui est représenté sur l'icône. Cette particularité est remarquable puisque depuis les premiers âges de l'iconographie chrétienne il est d'usage d'indiquer qui est représenté sur une image, soit par des initiales, soit par un objet ou un animal symbolique. L'icône ci-contre, très ancienne, puisque datée du VIème siècle, l'illustre parfaitement : Saint-Pierre y est représenté avec des clefs en main.

Anthémios est surtout interpellé par l'icône située à gauche du ditptyque et représentant un homme inconnu dont il se dégage un fort magnétisme. Tandis que celle placée à droite représente manifestement une vierge à l'enfant. 

Dans un premier temps, Georges lui apprend que selon la légende ces icônes ne sont pas d'origine humaine mais divine. Elles sont dites "acheïropoiètes" (littéralement "non faites de la main de l'homme") et seraient donc apparues miraculeusement ! 

Négatif du Saint Suaire de Turin photographié en 1931
(Wikimedia Commons - Giuseppe Enrie)

De nos jours, l'exemple le plus célèbre d'une image miraculeuse reste le Saint Suaire de Turin mondialement connu. Mais il y en eut bien d'autre auparavant à commencer par l'histoire du Mandylion, aussi appelé "image d'Edesse". Dans cette ville du sud-est de l'actuelle Turquie, appelée aujourd'hui Urfa, était conservée une pièce de tissu sur laquelle aurait été miraculeusement imprimée l'image du Christ. Elle sera conservée jusqu'au Xème siècle à Edesse, avant d'être transférée à Constantinople et d'y être dérobée en 1204 lors du sac de la capitale par les Croisés.... transférée en France, Saint-Louis la placera en relique à la Sainte-Chapelle. Le Mandylion disparaîtra définitivement sous la Révolution, sans doute détruit.           
Abgar V, roi d'Edesse, recevant le Mandylion,
icône du Xème siècle (Wikimedia Commons)
Anthémios est épaté par cette révélation mais Georges lui explique que cette origine est controversée, car les contemporains de Jean étaient partagés quant à la nature de ces icônes : certains moines les pensaient effectivement divines, d'autres les estimaient diaboliques (d'autant qu'elles sont apparues en 666...) et il y a enfin ceux qui prenaient Jean pour un manipulateur. Le débat ne fut jamais totalement tranché, et les icônes finirent par faire partie du décor, d'autant plus qu'elles ne semblaient pas devoir porter préjudice au monastère.

Anthémios s'intéresse ensuite à l'identité du personnage inconnu. Georges lui confirme que cela reste un mystère. Il lui présente les différentes hypothèses évoquées lors de l'apparition de ces images : il pourrait s'agir de la véritable image de Dieu, de celle de l'Antéchrist ! ou celle de Satan lui-même ! ou plus simplement d'un autoportrait de Jean ? Le mystère reste encore entier...

Les deux hommes quittent ensuite le catholicon pour le réfectoire. Anthémios va prendre son premier repas au sein de la communauté. Il découvre à cette occasion les rites liés au repas (lecture des Saintes écritures, bénédiction, régime à dominante végétarienne, silence pendant le repas, etc...). 
Platon et Aristote, détail de la fresque de "L'Ecole d'Athènes"
de Raphaël, au Vatican, 1509 (Wikimedia Commons - Jacobolus)

Après le repas, Georges convie Anthémios au jardin près de l'église. Ce lieu est dédié à la contemplation et le maître en profite pour expliquer à Anthémios les vertus et les bienfaits de cette pratique. Georges lui expose les principes de cette démarche mystique et lui parle des Anciens qui défendaient déjà les approches contemplatives : Pythagore, Platon, Aristote ou les néoplatoniciens. Il met aussi en relief les difficultés et les bénéfices de cette démarche.  

Le maître compte ensuite présenter à son disciple les bases, l'histoire et les grands principes du monachisme mais cela fait l'objet d'un autre chapitre sur lequel nous reviendrons lors d'un prochain post.

A bientôt.

Olivier.   

jeudi 21 février 2013


Un plan du monastère pour vous repérer durant votre lecture de "La confession d'Anthémios" !


Pas de post ce mois-ci sur le blog, mais un outil pratique pour vous accompagner lors de votre lecture de mon roman : une carte détaillée du monastère !




75% de l'action du roman se déroulant dans l'enceinte du monastère, il me paraissait utile de mettre à votre disposition un plan détaillé du couvent. Les tous premiers lecteurs de mon manuscrit m'en parlaient déjà il y a quelques années, voici enfin ce document !



Comme le découvre Anthémios lors de sa visite, l'établissement est d'une conception simple, les bâtiments formant une cour carrée avec l'église au centre. 



Chaque aile ayant une vocation spécifique : le repos au nord (chambres, cellule et dortoir y sont réunis), l'étude, la réflexion et les arts à l'est (les ateliers, la bibliothèque, le scriptorium, la trésorerie et le bureau de l'higoumène y sont regroupés), la nourriture, l'hygiène et la toilette au sud (infirmerie, herboristerie, cuisine, réfectoire, entrepôt, balnea et latrines y sont concentrés) et enfin à l'ouest, des parties plus utilitaires (pressoir, moulin, four à pain, huilerie) ou plus en lien avec la vie collective du monastère (salle capitulaire).



Bonne consultation et à bientôt.



Olivier.




samedi 19 janvier 2013


Frère Georges vous fait faire le tour du monastère, suivez le guide !

Pour ce premier post de l'année 2013, nous retrouvons Anthémios lors de sa découverte du monastère et de ses occupants. C'est son maître, frère Georges de Bithynion, qui mène la visite et les présentations... Suivons les !

Dans le cinquième chapitre, Anthémios, qui vient d'être accepté au monastère en tant que postulant, et qui vient de rencontrer frère Georges, son maître, effectue la visite du monastère et rencontre ses occupants. C'est évidemment Georges qui lui fait faire le tour de l'établissement et le titre de ce chapitre et on ne peut plus explicite : "A la découverte d'un monastère et de sa communauté".

Lorsque Georges et Anthémios sortent de la salle d'audience, ils se dirigent tout d'abord vers le nord de la cour où se trouvent les chambres et le dortoir. Lors de ce bref parcours, Anthémios a un aperçu de l'aspect de l'église du monastère et de l'intérieur de la cour. L'église est conçue selon un modèle ancien, celui des basiliques romaines (voir plan type de gauche ci-dessous). Il ne suit pas celui plus répandu et plus moderne que l'on appelle aujourd'hui "en croix grecque" (et a fortiori sa variante plus élaborée, dite "en croix grecque inscrite", voir plan type de droite ci-dessous), et qui fut popularisé et adopté à partir de la conception, dans les années 530, de la basilique Sainte Sophie de Constantinople par Isidore de Milet et un certain Anthémios de Tralles à qui notre héros doit son prénom...  
Plan de Saint-Paul-hors-les-murs à Rome
(Wikimedia Commons - Dehio Bezold, Fb78) 
Plan type d'une église en croix grecque inscrite
(Wikimedia Commons - Calame)


La construction de l'église du monastère et la fondation de celui-ci sont antérieures d'une dizaine d'années à cette innovation architecturale. L'édifice, avec son plan basilical, paraît ainsi un peu archaïque aux yeux d'Anthémios.

Cette église, dans le roman, est souvent désigné sous le terme de "catholicon". Terme qui s'emploie pour évoquer l'église principale d'un monastère orthodoxe, or c'est un peu un abus de langage de ma part, car celui que rejoint Anthémios ne compte qu'une seule église (si l'on fait abstraction de la chapelle réservée aux voyageurs à l'extérieur du monastère). Si c'est la seule, par conséquent, c'est donc la principale... Enfin, ce terme est par ailleurs un peu anachronique, car s'il est utilisé dans les monastères orthodoxes, il ne l'était pas forcément à l'époque byzantine. Le terme de "naos", ou tout simplement d'église, conviendrait mieux, mais j'ai préféré garder le terme de "catholicon" pour sa sonorité et son côté plus solennel... voilà pour ma tambouille d'écrivain... et j'espère que les puristes qui liront ce post et/ou mon roman me pardonneront ;) 

Le fait qu'il n'y ait qu'une seule église dans ce monastère est d'ailleurs une particularité. Car en théorie, selon le culte, les offices de la journée ne doivent pas être effectués sur un même autel et c'est pourquoi les monastères comptent fréquemment plusieurs chapelles en plus de l'église principale... mais fréquemment ne veut pas dire systématiquement... et pour mon monastère, qui est totalement fictif (Il n'y a jamais eu de monastère dans ce secteur, en tout cas pas après le Xème siècle, y en a-t-il eu auparavant et notamment à l'époque de mon roman ? visiblement pas, d'après les sources que j'ai pu exploiter), je voulais prévoir des singularités ou des traditions propres à cet établissement, afin de le crédibiliser davantage, plutôt que de le calquer sur un modèle trop "standard", ce qui m'aurait paru un peu artificiel. Ai-je bien fait ? à vous de me le dire chers lecteurs...  
Site du monastère de Martyrios aujourd'hui (Wikimedia Commons - Gilabrand)

Pour ce qui est de la conception générale du monastère (bâtiment formant un carré fermé avec l'église principale au centre de la cour), je me suis inspiré d'un établissement construit à la fin du Vème siècle, soit une quarantaine d'années avant la fondation de mon propre monastère : le monastère de Martyrios, à l'est de Jérusalem, situé aujourd'hui en Israël et qui était alors le monastère le plus important du désert de Judée avant qu'il ne soit abandonné et démoli après l'invasion musulmane au milieu du VIIème siècle. Son site a été découvert dans les années 80 lors de l'implantation et l'extension d'une colonie et il est depuis ouvert à la visite. Mon monastère s'en inspire dans les grandes lignes, mais il s'en différencie aussi à travers plusieurs détails : moins grand, pas de chapelles annexes, le portail d'entrée se situe du côté ouest de la cour et non pas à l'est comme c'est le cas pour le Martyrios, etc...

Après avoir découvert sa cellule et y avoir déposé ses affaires, Anthémios visite le dortoir. Georges l'emmène ensuite du côté est de l'enceinte où il va lui présenter respectivement plusieurs moines sur leur lieu de travail :
-Frère Hippolyte, l'économe, à la trésorerie,
-Frère Makarios, le bibliothécaire, assisté de frère Bélisaire à la bibliothèque,
Enluminures d'un mansucrit hagiographique byzantin
du XIème siècle (daté de 1020)
(Wikimedia Commons - Bibliothèque Nationale de France) 
-Frère Photios, l'enlumineur et son assistant frère Valentin, puis frère Basile, le copiste et ses deux traducteurs frères Valens et Avitus au scriptorium,

Lors de son passage au sciptorium, il découvre avec étonnement qu'Avitus travaille sur la traduction d'un coran. Et il est encore plus étonné d'apprendre que ce dernier appartenait à l'origine à frère Georges. Continuant leur visite, Georges conduit ensuite Anthémios dans l'atelier d'iconographie où il lui présente frère Manuel le peintre, et son assistant Alexis. La visite de l'aile est se termine ensuite par l'atelier d'ivoirerie, où oeuvre frère Narsès. 
Panneau d'ivoire représentant le Christ couronnant Romain II et Eudoxie.
Constantinople, milieu du 
Xème siècle. 
(Wikimedia Commons - Bibliothèque Nationale de France / Clio20) 

L'art ivoirier byzantin a connu son apogée du Vème au VIIème siècle. Mais à l'époque du roman, c'est devenu un art en déclin. Narsès n'a d'ailleurs pas de novice ou d'assistant, personne ne lui succédera à sa disparition... Ce déclin s'explique pour deux raisons : d'une part, la première période iconoclaste, au VIIIème siècle, a beaucoup nui à cet art, et d'autre part, la matière première est beaucoup plus rare et difficile à faire venir (et donc plus onéreuse) depuis que les débouchés du négoce de l'ivoire sont sous contrôle arabe (Le nord de l'Afrique - notamment l'Egypte - a été conquis par les Arabes au milieu du VIIème siècle au détriment des Byzantins). 
Pour lire la suite du post, cliquez sur "plus d'infos"

samedi 22 décembre 2012

Suivez Anthémios lors de son "entretien d'embauche" à son arrivée au monastère !

Après l'extrait du mois dernier, le blog reprend son cours avec un nouveau post qui vous conduira aux côtés d'Anthémios lors de son entretien avec Anastase, le supérieur du monastère !

Lors du post d'octobre, au terme du troisième chapitre, Anthémios venait de terminer son long voyage en atteignant enfin ce monastère de l'Hellespont, sa destination finale. Ce mois-ci, nous poursuivons le fil du roman et nous nous intéressons au quatrième chapitre, consacré  à l'entretien que doit passer Anthémios avec le responsable de l'établissement. Comme l'indique le titre de ce chapitre, "Un entretien décisif", l'enjeu pour Anthémios est ici d'être accepté par l'higoumène (l'équivalent, dans un monastère byzantin, d'un abbé) dans son couvent. Il postule à devenir novice, rappelons-le. Il rencontrera à cette occasion celui qui deviendra son maître durant son noviciat.

Arrivé la veille au soir, Anthémios a passé la nuit dans l'auberge annexe du monastère. Au petit matin, ses compagnons Héraclius et Procope le quittent pour reprendre leur route vers Constantinople. Serge, le moine hôtelier, le conduit alors au monastère, lequel est plongé dans le brouillard, en cette matinée d'hiver, lui donnant un aspect lugubre. Juste avant de parvenir à l'entrée, ils passent devant la forge du monastère. Là, Serge présente à Anthémios le moine cellérier, Rhômanos, qui a pour charge l'intendance et l'approvisionnement du couvent. Le jeune garçon rencontre ainsi un deuxième moine dans la communauté. Puis un troisième, en la personne de Méthode, le moine portier, lorsqu'ils arrivent enfin devant le portail de l'établissement.

Frère Méthode le conduit dans une antichambre donnant sur la salle capitulaire, là où Anastase va lui accorder audience. Anthémios patiente là un moment, le temps que Méthode aille prévenir l'higoumène de son arrivée. Lorsque le jeune postulant est enfin convié à se rendre dans la salle capitulaire, il est intimidé, tant par la solennité du lieu que par l'enjeu de l'entretien et l'importance du personnage qu'il va rencontrer. D'autant qu'Anastase trône sur une estrade et qu'il n'est pas seul, un autre moine est à ses côtés. Mal à l'aise, Anthémios ne sait trop comment se présenter à eux et les saluer. Il improvise donc maladroitement, mais ces interlocuteurs n'en font pas cas. Anastase est plongé dans la lettre du père d'Anthémios que Serge lui a remis la veille. Il l'accueille assez brièvement et lui pose aussitôt des questions sur la réalité de ses motivations à devenir novice. Il devine à travers cette lettre que c'est surtout son père qui veut faire d'Anthémios un moine. Anthémios parvient plus ou moins à convaincre le supérieur de ses motivations. Mais Anastase relève alors dans cette lettre un point plus délicat encore : l'âge d'Anthémios.
A 14 ans, il est encore trop jeune pour être accepté comme novice. Anastase lui précise qu'il doit avoir seize ans révolus pour pouvoir devenir novice. En réalité, il cherche simplement à le tester pour voir sa réaction, car depuis le concile in Trullo, en 692, l'âge minimum pour entrer en religion est de 10 ans. Cet âge plancher fut fixé pour éviter les dérives rencontrées auparavant, il n'était pas rare en effet de voir des familles faire postuler au noviciat des enfants bien plus jeunes encore...   Anthémios est donc tout à fait éligible. Anastase le trouve trop jeune néanmoins. Il préférerait en fait voir arriver des candidats un peu plus âgés et se présentant au terme d'une démarche spirituelle personnelle, plutôt que des gamins envoyés là par leur famille. Cependant l'higoumène est embarrassé, car celui qui vient présenter sa candidature aujourd'hui est un gamin venu de très loin. D'un point de vue pratique, il ne peut plus vraiment éconduire ou mettre à la porte Anthémios, car ce dernier n'a plus d'accompagnateurs pour le reconduire à Melnik. Moralement, il ne veut pas prendre cette décision et lui propose une solution transitoire : il accepte d'accueillir Anthémios en tant que simple postulant jusqu'à ses seize ans. Il sera alors régularisé comme novice, et rentrera officiellement en noviciat pour une durée de deux ans.

Anastase se renseigne ensuite sur l'éducation et les connaissances acquises par le postulant. Anthémios lui fait part de ses acquis et en particulier de ses connaissances linguistiques de dialectes thraces et slaves. L'higoumène le snobe alors et lui apprend qu'il va devoir tout apprendre en rentrant dans ce monastère. C'est à cette occasion qu'il lui présente celui qui va devenir son maître, frère Georges, le moine qui se trouve à ses côtés et qui est son second dans la communauté. 

Solidus à l'effigie de l'empereur Léon V (813-820) et de son fils Konstantinos 
(Wikimedia Commons - Cplakidas) 
Anastase, avant de conclure l'entretien, s'intéresse à un dernier point dans la missive du père d'Anthémios. Celui concernant une somme qu'Anthémios est censé remettre au monastère. C'est ce qu'on appelle alors une apotagè, une sorte de droit d'entrée pour les nouveaux arrivants dans un monastère. Anthémios lui remet alors une bourse et l'higoumène en découvre le contenu. La somme est nettement plus élevée que celle à laquelle il s'attendait. Elle s'élève à une vingtaine de nomismata, la monnaie d'or, la plus forte unité monétaire ayant cours dans l'Empire (une nomisma au singulier, des nomismata au pluriel... on y retrouve la racine grecque qui a donné le mot "numismatique" en Français), héritière du solidus romain (lequel a donné, lui, le mot "sous" en Français). Elle sert pour régler les dépenses importantes et seules les familles aisées en disposent. Les masses populaires y ont peu ou pas accès.  Les deux pièces d'or présentées ci-contre sont à l'effigie de l'empereur Léon V, le basileus qui régne alors sur l'Empire à l'époque de notre histoire, et de son fils Konstantinos. Elles sont donc contemporaines et similaires à celles qu'Anthémios remet à Anastase. 


Follis à l'effigie de l'empereur Léon V (813-820) 
(Wikimedia Commons - Saperaud) 
La monnaie courante, celle qui sert aux dépenses quotidiennes et que le quidam a dans la poche, se nomme le follis et est en bronze. Quand on sait qu'un follis représente à peu près la valeur d'1/300ème de nomisma, on comprend que ce que contient la bourse d'Anthémios est une petite fortune, plusieurs milliers de follis... Les deux follis ci-contre sont eux aussi contemporains de l'époque d'Anthémios puisqu'ils sont à l'effigie de Léon V. Les plus observateurs d'entre vous auront reconnu que celui de droite sert de "logo" à ce blog ;) Pour l'anecdote, sachez qu'il ornait également les manuscrits que j'envoyais chez les éditeurs avant que je ne prenne part à l'aventure Bookly...
Icône russe représentant le 2nd Concile de Nicée
(ou 7ème concile oecuménique), XVIIème siècle,
couvent de Novodevichy, Moscou
(Wikimedia Commons - Shakko)     

Anastase reconnaît que c'est une somme importante et que généralement une apotagè s'élève à dix nomismata, douze tout au plus. Il dit réprouver ensuite le principe pour un postulant de devoir verser un droit d'entrée pour intégrer un monastère et qu'il ne l'accepte pas habituellement. Il faut dire que cette pratique est censée être interdite depuis le second concile de Nicée, en 787. Lors de ce concile, dont le principal enjeu fut de mettre fin à la première crise iconoclaste (nous y reviendrons dans de futurs posts), de nombreuses décisions furent prises pour réguler la vie monastique et l'une d'elles fut d'instaurer la gratuité lors de l'entrée dans la vie religieuse, nul ne devait payer pour entrer en religion. Les excès étaient nombreux auparavant, mais la pratique des droits d'entrée se maintiendra malgré ce canon édicté à Nicée.  

Toutefois, Anastase reste pragmatique - et assez hypocrite il faut l'avouer - et accepte de recevoir cet argent... non pas comme une apotagè mais comme une donation, au prétexte qu'Anthémios n'est qu'un postulant et pas encore officiellement un novice. Il a par ailleurs des travaux urgents à mener au niveau de la toiture de la bibliothèque, qu'il ne pouvait financer faute de trésorerie... cet argent venu du ciel tombe à point... et le reliquat servira au financement de ses bonnes oeuvres... L'higoumène précise à Anthémios que malgré la générosité de cette donation, il n'aura pas droit à un traitement spécial durant son noviciat et devra suivre les mêmes règles que le reste de la communauté. Après quoi, Anastase lui renouvelle bon accueil et l'invite à poursuivre l'entretien avec Georges, puis se retire de la salle avec la bourse en vue de la remettre à l'économe du monastère.

 Anthémios, en cette fin de chapitre, se retrouve ainsi seul avec son maître, Georges. Ce dernier ne manque pas de charisme et met aussitôt le jeune homme à l'aise. Il lui explique dans les grandes lignes l'organisation du monastère et en quoi va consister sa formation à ses côtés. Il lui propose enfin d'effectuer une tournée afin de visiter le couvent et d'être présenté à l'ensemble de ses occupants. Cette visite et ses rencontres seront l'objet d'un autre post, le mois prochain. D'ici là, je vous souhaite de très belles Fêtes de fin d'année !
A bientôt.

Olivier.   

       
  





jeudi 15 novembre 2012


Un ultime extrait avant la sortie de l'e-book de "La confession d'Anthémios" !

Pas de post "documentaire" ce mois-ci sur le blog, je vous propose plutôt de découvrir un dernier extrait avant la sortie prochaine du livre numérique !

Il s'agit du troisième chapitre, celui qui était l'objet des deux derniers posts (voir en septembre et en octobre). Cliquez sur le lien "Plus d'infos" pour le lire entièrement.

Pour rappel, le deuxième chapitre est déjà disponible en extrait sur ce blog (voir en juillet) et le premier l'est sur Bookly.fr. Je vous laisse raccrocher les wagons...

Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires ou vos questions !

A bientôt.

Olivier.




                         CHAPITRE III
                 Des berges du Strymon
              aux rivages de l’Hellespont


                                                                              8

« Les premiers jours de notre voyage, nous suivîmes le cours du Strymon[1], dont les flots verts impétueux dévalent vers le sud. Nous n’en quittâmes pas les berges avant d’avoir atteint, quelques jours plus tard, son débouché sur la mer. Plus nous avancions et moins le froid se faisait sentir. Rapidement, la neige finit par disparaître, ce qui permit d’accélérer le rythme de notre voyage. Nous dormions dans des auberges, ou bien chez des connaissances d’Héraclius. Je me souviens que nous avons passé le premier soir dans un petit village - dont le nom m’échappe aujourd’hui, ma mémoire, relativement grande, n’est pas infaillible - au bord du fleuve. Cette localité était en partie habitée par des populations venues d’Anatolie, que l’empereur Nicéphore avait fait venir quelques années plus tôt, comme il l’avait fait dans l’ensemble des régions proches du royaume bulgare, en vue de peupler davantage ces provinces et de mieux les défendre. Là, nous avions dégusté de délicieuses truites, ainsi que de savoureux barbeaux que les villageois élevaient et puisaient dans des viviers. Nous nous sommes ensuite rendus à l’église, où était célébrée la nuit de l’Epiphanie. Le lendemain matin, je fus très étonné de découvrir une coutume particulière : de jeunes hommes, à peine plus âgés que moi, tout juste vêtus d’un pagne autour de la taille, malgré le froid vif, rivalisaient à plonger dans le fleuve pour rapporter une croix que le prêtre y avait jetée, non sans l’avoir auparavant bénie. Par cette tradition, était commémoré le baptême du Christ dans le Jourdain. Le plus stupéfiant est que chacun de ces hardis adversaires ressortait de l’eau sans le moindre mal. Une fois le lauréat célébré, tous allaient ensuite en courant, et dans de grands éclats de rire, se réchauffer dans une étuve préparée à cet effet.
La suite de notre itinéraire, le long du cours d’eau, fut sans histoire notable. Nous longeâmes les rives du lac d’Achinos, où se trouvaient plusieurs villages que nous traversâmes sans y faire halte. Sur notre gauche, le massif du Pangée nous toisait de ses hauteurs, ce qui nous confirma que nous n’allions pas tarder à atteindre la mer.  En effet, un peu plus tard, depuis un haut plateau, sur le site de l’acropole de l’ancienne cité d’Amphipolis, je découvris enfin le débouché du Strymon. Après d’ultimes méandres, le fleuve venait en un paisible delta terminer sa course dans l’immensité bleutée. Pour la première fois de ma jeune vie, je découvrais la mer. J’étais impressionné par cette sensation d’infini. A perte de vue le royaume de Poséidon m’exposait sa magnificence. Cette exaltation et l’excitation du voyage prirent le pas sur la tristesse et la mélancolie que j’éprouvais depuis mon départ, et je commençais à saisir les attraits de cette expérience.
Notre convoi descendit les collines qui dominaient le delta, et gagna Chrysoupolis, un petit port fortifié situé à proximité, où nous passâmes la nuit, et d’où nous embarquerions le lendemain matin pour l’Hellespont[2].
Aux aurores, nous prîmes place dans un navire marchand, après y avoir chargé nos bêtes et nos effets. Mon émerveillement de la veille ne s’était pas altéré. Je contemplais enfin de près l’élément marin : les embruns, l’odeur de la mer, le cri des mouettes, le vent du large, l’agitation de ce petit port, tout concourait à mon plaisir.
La mer était particulièrement agitée en cette journée d’hiver, mais le capitaine décida d’ordonner l’appareillage. Bien vite nous aurions quitté le port et gagné le large. »


                                                                                   9

« Notre bateau fendit les eaux du Golfe Strymonique en longeant, sur sa droite, les côtes déchiquetées de la péninsule de Chalcidique, couverte de forêts et ponctuée à son extrémité par le Mont Athos. Immensité pyramidale que je devinais, malgré la couche nuageuse qui entourait son sommet et qui intensifiait encore sa mystérieuse et fabuleuse aura mystique. Je n’ai pas eu le loisir d’apprécier longtemps ce paysage somptueux : le ciel était bas, la mer difficile et un terrible mal de mer me terrassa.