jeudi 21 août 2014

Faites le tour du front d'Orient le temps d'une balade à Paris ! 

Ce mois-ci, je vous propose de découvrir quelques hauts-lieux du front d'Orient en faisant une balade dans le 17ème à Paris ! Il existe en effet dans cet arrondissement un pâté de maisons - coincé entre la porte des Ternes, la porte de Villiers, le boulevard périphérique et celui des Maréchaux - dans lequel plusieurs rues portent des noms faisant référence à ce front spécifique de la Grande Guerre. 
Détail de l'enceinte Thiers (muraille, fossé et talus de défense,
où des enfants font paître leurs chèvres...) autour de Paris
au début du XXe siècle (Wikimedia Commons - Julien Demade)

Comme tous les périmètres de Paris situés aux abords du boulevard périphérique, l'espace dont nous parlons ici a été  aménagé et construit dans les années 20, en lieu et place des anciennes fortifications, remparts et bastions qui entouraient la ville depuis l'époque de Louis-Philippe et que l'on appelait l'enceinte Thiers. La photo ci-contre témoigne de l'aspect encore champêtre des abords de la capitale à cette époque...

Comme on sortait tout juste de la guerre, les nouvelles voies créées ou réaménagées furent nommées ou renommées en l'honneur de généraux, de batailles ou de hauts-lieux de la Grande Guerre. Paris s'est ainsi retrouvée ceinturée d'avenues, de boulevards ou de rues célébrant Verdun, Le Chemin des Dames, Pershing, l'Yser ou la Somme, etc... Quant à ce petit secteur du nord-ouest de Paris auquel nous nous intéressons aujourd'hui, il est donc plus spécialement dédié au front d'Orient avec plusieurs rues y faisant référence.
Détail du quartier évoqué dans le 17ème arrondissement (Google Maps)

Le pâté de maisons dont il est question se situe à l'emplacement de l'ancien bastion 50 qui contrôlait l'accès et le secteur nord-ouest de Paris. Trois rues y ont été baptisées du nom de théâtres d'opération liées au front d'Orient.
Le Bouvet, croiseur français, gravement touché par une mine turque
aux Dardanelles, le 18 mars 1915 (Wikimedia Commons)

Rue des Dardanelles :
Votre serviteur sur le terrain...
Située tout près de la porte des Ternes, cette petite rue est adjacente au boulevard Gouvion Saint-Cyr. Elle fait référence bien-sûr à l'expédition qui fut la première opération navale et militaire alliée sur le front d'Orient. Imaginée par Churchill, son objectif était de s'emparer des détroits turcs (Dardanelles et Bosphore) et de vaincre l'Empire ottoman afin d'établir une jonction avec les Russes et encercler ainsi les Empires allemand et austro-hongrois. Les différentes phases de cette campagne se sont étalées sur toutes l'année 1915 et ont abouti à un fiasco total pour les Alliés et à un repli sur Salonique.

Vue de la rue des Dardanelles, depuis le boulevard de Dixmuide
Ouverte en 1928, cette rue a pris officiellement ce nom en 1929.  Ce théâtre des opérations est par ailleurs le cadre principal du 2ème tome de ma saga...


Avenue de Salonique : A quelques dizaines de mètres de là, on trouve l'avenue de Salonique qui prolonge l'avenue de Dixmuide (avenue qui fait référence à une autre bataille de la Grande Guerre, mais en Belgique celle-ci...), laquelle est adjacente à la rue des Dardanelles. Cette voie a été ouverte et annexée par la ville de Paris sur un ancien terrain de la ville de Neuilly-sur-Seine en 1929. Elle a pris ce nom en 1936. 


Soldats français au bivouac, à Salonique, en 1915
(Wikimedia Commons - BNF, Agence Rol)
Salonique, après l'expédition des Dardanelles, fut la principale base alliée dans les Balkans. Les Franco-Britanniques y établirent un immense camp retranché de l'automne 1915 jusqu'à la fin de la guerre. Cette grande ville du nord de la Grèce servit de base arrière et de lieu de débarquement des renforts, du matériel et des munitions nécessaires aux opérations alliées dans les Balkans, que ce soit en Grèce ou en Serbie, face aux Bulgares ou face aux Austro-allemands. Plusieurs scènes de mon roman s'y situent également.

Rue du Dobropol : Nous bouclons ce petit tour par la rue du Dobropol, parallèle à la rue des Dardanelles, qui fait référence à l'ultime opération alliée sur le front d'Orient, en 1918. Le Dobropol (ou Dobro Polje) est un massif de la Macédoine serbe (dans le sud de l'actuelle Macédoine) par lequel les Alliés franco-serbes parvinrent à forcer le verrou bulgare le 15 septembre 1918. Cette bataille, menée par le général Franchet d'Esperey, commandant en chef des Armées Alliées en Orient, est une victoire décisive, car un boulevard s'ouvrait pour la libération de la Serbie et cette poussée alliée précipita la capitulation bulgare deux semaines plus tard. 

Comme la rue des Dardanelles, la rue du Dobropol a été ouverte en 1928, et nommée en 1929, sur l'emplacement du bastion 50.


Vue de la rue du Dobropol, depuis le boulevard de Dixmuide

Après cette petite escapade parisienne, le blog retrouvera le cours du tome 2 le mois prochain.

Bonne fin d'été et à bientôt.

Olivier.    

   


















mardi 22 juillet 2014

Le blog des "Icônes de sang" change d'époque et vous plonge en 1915 sur le front d'Orient ! 

Actualité oblige le blog de ma saga effectue un bond de onze siècles en avant et quitte l'époque byzantine pour vous embarquer vers le front d'Orient durant la Première Guerre Mondiale ! Avec la sortie de l'e-book de "La découverte de Gallipoli" et le récent lancement de la souscription pour la publication papier des tomes 1 et 2 de ma saga, le moment est venu pour le blog de changer d'époque ! Deux ans après ses débuts, c'est donc désormais dans l'atmosphère du deuxième tome qu'évoluera le blog. Et pour le premier post sous ces nouvelles couleurs, c'est en Serbie, en octobre 1915, que je vous emmène...  

Le Vardar près de Yosifovo en amont de Guevgueli
(Wikimedia Commons - Gorge Murat)
Lors du premier chapitre de ce deuxième tome, que vous avez la possibilité de lire en extrait sur Bookly.fr, le lecteur se retrouve dans un campement français à Guevgueli, un soir d'octobre 1915. Guevgueli est une petite ville de Macédoine située, à cette époque, à la frontière entre la Grèce et la Serbie, du côté serbe. Elle se trouve au bord du Vardar, le plus grand fleuve (388 km) de Macédoine.
Rue principale de Guevgueli, carte postale du début du XXe siècle
(Wikimedia Commons - Ul. Kralja Petra)
Cette cité est encore aujourd'hui une ville frontière, mais celle qui délimite désormais la Grèce de l'actuelle Macédoine, depuis que cette dernière a pris son indépendance et s'est séparé de l'ancienne Yougoslavie. On la connaît aujourd'hui sous le nom de Gevgelija, compte une quinzaine de milliers d'habitants et c'est la première ville de Macédoine que l'on traverse lorsque l'on arrive de Grèce. Cette ville de passage est surtout réputée pour ses casinos et machines à sous qui attirent les frontaliers et touristes de la région, si bien qu'on la surnomme le "Las Vegas macédonien"... 
Centre ville de Gevgelija de nos jours (Wikimedia Commons - Vesnamarkoska)
Située dans la vallée du Vardar, la ville est positionnée sur un axe stratégique emprunté par la route et la voie ferrée reliant Salonique à Uskub, l'actuelle Skopije, principale ville de Macédoine serbe et capitale de l'actuelle Macédoine. A l'automne 1915, défendre et contrôler cet axe important vers Uskub est l'une des premières missions assignées aux alliés franco-britanniques qui viennent tout juste d'arriver dans la région depuis Salonique. 

Artilleurs serbes durant la Campagne de Serbie à l'automne 1915 (Wikimedia Commons)
Départ de soldats bulgares mobilisés
 en octobre 1915 (Wikimedia Commons)
La Serbie, alliée des Français et des Britanniques, vient en effet d'être envahie par les Autrichiens et les Allemands au nord, ainsi que par les Bulgares à l'est. Les Franco-britanniques arrivant par le sud se situent justement sur le flanc gauche des Bulgares et c'est donc plus précisément cet ennemi qu'ils doivent contrer sur ce front. Un ennemi qui vient tout juste de faire son entrée dans le conflit et qui a mobilisé ses troupes seulement deux semaines plus tôt. 

La carte ci-dessous dresse un état de ces opérations militaires en Serbie.
Carte des opérations militaires en Serbie à l'automne 1915 (Wikimedia Commons - US Government)

Dans ce contexte, la présence franco-britannique en Serbie est encore toute récente, puisque ces premiers contingents arrivent directement de Salonique, la principale base des Alliés dans les Balkans. Les troupes qui y étaient concentrées provenaient alors en grande partie du corps expéditionnaire envoyé aux Dardanelles et dont on avait commencé à entreprendre le repli depuis le mois de septembre. C'est le cas des troupes auxquelles nous nous intéressons dans ce premier chapitre. 

La première scène du roman nous amène en effet à découvrir l'un des principaux personnages, le capitaine Saudal, qui est un officier zouave, fictif, oeuvrant au sein du 1er bataillon du 2e régiment de marche d'Afrique. Ce régiment a quitté le théâtre des Dardanelles pour rejoindre Salonique début octobre 1915 avant de relier la Serbie pour s'y déployer à la mi-octobre. Le 1er bataillon a rejoint Guevgueli le 16 et cette scène inaugurale se situe le soir de cette première journée de présence. 

Pour découvrir davantage ce front du Vardar, je vous propose de consulter quelques (brefs) films d'époque de l'armée française, datés probablement de 1916, en suivant le lien ci-dessous vers le site de l'ECPAD, l'établissement cinématographique et photographique des armées : 
  
http://www.ecpad.fr/wp-content/files_mf/12966392471418A719.mp4

L'officier rejoint sa tente sous la pluie après le dîner au mess et s'apprête à se coucher. Mais on découvre qu'avant de s'endormir l'officier prend le temps de s'adonner à un rituel assez fréquent chez lui : celui d'admirer des objets qu'il a ramené de son séjour aux Dardanelles. Il s'agit d'un coffret en ivoire contenant deux icônes byzantines.

Le lecteur du premier tome reconnaîtra évidemment tout de suite les icônes mystérieuses évoquées par Anthémios, onze siècles plus tôt... Le capitaine, très cynique, admire surtout ces icônes pour le gain qu'il espère en retirer en les revendant. L'aspect historique, voire artistique, lui étant totalement étranger... Il éprouve toutefois une fascination qu'il ne s'explique pas pour ces icônes. Il ne sait pas précisément non plus si elles lui sont néfastes ou bénéfiques...
Forteresse de Seddul-Bahr vue depuis le "River Clyde"
lors du débarquement du 25 avril 1915
(Wikimedia Commons - Lt Col. Graham - Imperial War Museums)

En admirant ces icônes, ce soir-là, Saudal se remémore alors le jour où il prit possession de ces objets. C'était trois mois plus tôt, dans les Dardanelles, dans son campement à Seddul-Bahr. Un soldat avait demandé à rencontrer le chef du régiment le lieutenant-colonel Bernadotte. Ce dernier étant indisponible, comme les autres responsables du régiment, Saudal reçut lui-même le requérant : le 1ère classe Lacourt, autre personnage principal de ce deuxième tome. 

Le soldat hésita à lui révéler la raison de sa requête mais finit par lâcher le morceau en lui expliquant la découverte qu'il avait fait un mois plus tôt, avec d'autres soldats.  En creusant un boyau de liaison, ils avaient découvert l'entrée d'un tunnel menant à un caveau enterré. Celui-ci contenait plusieurs squelettes et de nombreux objets religieux byzantins. Le site avait été aussitôt bombardé par l'artillerie turque, si bien qu'ils durent le quitter précipitamment. Ils ne purent emporter avec eux qu'un coffret contenant deux icônes que Lacourt présenta alors à Saudal. Le caveau avait été entièrement pulvérisé par deux obus et rien d'autre n'avait pu être sauvé. Lacourt précisa que de tous les découvreurs il était le seul survivant, les autres ayant tous été tués depuis.

Saudal parvint à le convaincre de lui laisser les objets afin qu'il les transmette à l'état-major. En observant les icônes, il en avait vite deviné la valeur et profita de la naïveté du soldat pour les garder pour lui, tout en le flattant pour son intégrité...

Depuis qu'il possédait ces icônes, l'officier avait remarqué que sa vie était troublée, que son sommeil était agité de cauchemars et qu'il entendait parfois des chants ou des voix inconnus. Pourtant, il ne pouvait jurer que ces phénomènes étaient directement liés à ces objets et il ne s'en séparerait que pour les vendre au plus offrant. Pour cela, il pourrait compter sur son frère, marchand d'art véreux installé à Paris, qui saura les écouler au mieux. Mais il lui faudra d'abord survivre sur ce front des Balkans avant de revenir en France pour les lui remettre. 

A la fin de ce premier chapitre, le capitaine se couche en espérant pouvoir se reposer sans faire de nouveaux cauchemars. Il ignore toutefois beaucoup de choses sur la découverte de ces icônes, Lacourt ne lui ayant pas tout révélé de celle-ci. Le soldat a en effet gardé secret certains phénomènes étranges intervenus ce jour-là... mais cela fera l'objet d'un prochain post...

A bientôt.

Olivier. 





samedi 17 mai 2014

Accompagnez Anthémios lors de sa journée à Madytos ! 

Ce mois-ci le blog reprend son cours en suivant le fil du premier tome et se concentre sur le onzième chapitre qui voit Anthémios accompagner Georges à Madytos, la principale cité de la région. Le jeune garçon va y rencontrer un triste personnage, l'officier commandant la garnison de la ville, qui va littéralement le traumatiser. Retour sur ce chapitre important qui s'intitule justement "Sinistre rencontre à Madytos"...  

Au début de ce chapitre, Anastase, l'higoumène, demeure malade comme il l'était déjà durant le dixième chapitre, et ce malgré les soins de Staurakios l'herboriste. Ce dernier a en revanche réussi à soigner la petite paysanne dont la totalité de la famille est morte empoisonnée aux portes du monastère dans le chapitre précédent. Celle-ci, hébergée au monastère le temps de sa convalescence, sera recueillie par des moniales dans un autre couvent. Totalement diminué, l'higoumène confie à Georges la charge de diriger le monastère pendant son indisponibilité. Georges le suppléé ainsi pendant une quinzaine de jours et est amené à se rendre à Madytos, la principale cité des environs, où il doit représenter le monastère à l'occasion d'une convocation que l'évêque de la ville a adressé à Anastase. L'évêque a décidé de réunir un concile extraordinaire dans la basilique de la ville réunissant tous les responsables religieux du diocèse. Ce synode imprévu, dont le sujet n'a pas été révélé par l'évêque, ne manque pas d'intriguer Georges.

Le jour de la convocation, le dernier samedi d'avril, Georges se rend à Madytos en compagnie de Rhômanos, le cellérier, qui doit se rendre en ville pour des raisons logistiques. Il convie également Anthémios à se joindre à eux. Le jeune postulant est ravi d'avoir l'occasion de sortir de la clôture du monastère mais il se rend compte que son maître est visiblement inquiet. Il le remarque avant même qu'ils ne se mettent en chemin, dès l'orthros, l'office de l'aube. Les trois hommes quittèrent le monastère après cet office, Rhômanos dirigeant l'attelage tracté par deux mulets. Ils prennent la direction du nord-est, vers Krithia et les hauteurs de l'intérieur de la péninsule. Madytos étant située à une petite trentaine de kilomètres du monastère, il leur faut pratiquement toute la matinée pour s'y rendre à travers des chemins parfois accidentés dans une campagne qui a pris ses atours printaniers. 
Trajet du monastère à Madytos, photo satellite de la Péninsule de Gallipoli et du détroit des Dardanelles (Wikimedia Commons - NASA Landsat 7)
Georges reste préoccupé et demeure silencieux tout au long du trajet, perdu dans ses pensées. Il est visiblement inquiet. Pour rompre la monotonie du voyage, Rhômanos décide alors de discuter avec Anthémios. Il lui parle des possessions du monastère dans la péninsule, en particulier de ses propriétés agricoles : champs de céréales, granges, vergers, pâtures, etc... Il lui apprend ainsi que le monastère ne possède pas de vignes et qu'il lui faut donc acheter son vin. Rhômanos se rend d'ailleurs à Madytos pour en acheter chez un négociant. Rhômanos donne ainsi à Anthémios un aperçu du vaste domaine dont il doit assurer la gestion. Une bonne partie de ces terres étant louées à des parèques, c'est-à-dire des paysans qui ont un statut proche de celui de métayer, Anthémios comprend l'importance de ces revenus dans l'économie du monastère. A cette occasion, le jeune postulant pense au domaine de son père et devient nostalgique de son ancienne vie. Il pense à sa famille et en particulier à son père, dont il doit admettre qu'il lui manque. Remarquant que Georges ne s'intéresse pas à leur discussion, Anthémios finit par lui demander ce qui pouvait autant l'inquiéter. Son maître reste évasif et ne fait que lui confirmer qu'il craint une grave nouvelle, sans plus de précision. Anthémios n'insiste pas et le voyage se poursuit dans le silence. 
Flagellation de l'Hellespont par les troupes de Xerxès,
illustration d'artiste datée de 1909
(Wikimedia Commons) 

En fin de matinée, ils arrivent enfin dans les hauteurs qui dominent Madytos. Rhômanos fait une courte halte pour reposer les bêtes avant la descente et en profite pour raconter à Anthémios différentes anecdotes historiques sur cette ville située tout près de l'un des passages les plus étroits des Dardanelles. Le lieu, passage stratégique entre Europe et Asie Mineure, a souvent été le théâtre de batailles ou d'événements durant l'Antiquité. Rhômanos lui explique ainsi que c'est dans ce secteur du détroit que Xerxès, le grand roi perse du Ve siècle avant J.C., fit construire un pont en juxtaposant des centaines de navires entre les deux rives afin de faire traverser son immense armée de l'Asie vers l'Europe. Ce que ne lui précise pas Rhômanos, c'est que si l'armée perse a bien réussi à se rendre en Europe, la légende dit que les flots ont disloqué le pont lors des premières tentatives et que le fantasque roi perse fit fouetter la mer pour la punir...  

Il lui indique également qu'Alexandre le Grand fit aussi traverser ses troupes à cet endroit mais dans l'autre sens... lorsqu'il partit à la conquête de l'Asie. Rhômanos lui parle enfin des différentes batailles navales qui se sont déroulées à proximité, notamment durant la guerre du Péloponnèse entre les Athéniens et les Spartiates, au Ve siècle avant J.C. Il fait plus particulièrement référence à la bataille de Cynosséma, qui eut lieu près d'une pointe un peu plus au sud de la ville. Une bataille qui vit, en 411 avant J.C, les Spartiates de Lysandre l'emporter face aux Athéniens emmenés par le néarque Conon. 
Plaque précisant les règles douanières en vigueur dans l'Hellespont sous Anastase Ier,
Abydos, début du VIe siècle, musée archéologique d'Istanbul 

(Wikimedia Commons - Thorissen)

A l'époque byzantine, Madytos est une bourgade assez active où le trafic entre Europe et Asie reste important. Des liaisons sont assurées avec Abydos située en face, sur une pointe de la rive asiatique. Elle est également bien placée près de l'entrée du détroit sur un axe commercial majeur et vital pour l'Empire. Le détroit est en effet incontournable pour tout flux entre mer Egée et mer de Marmara, et de là vers Constantinople et la mer Noire.  Ce trafic commercial génère de très importants revenus à travers les taxes et droits de douane perçus sur les marchandises en transit. Les barèmes de taxation et d'application étaient clairement établis, comme l'ont montré des vestiges retrouvés dans la région, à l'image de la plaque de marbre ci-dessus retrouvée à Abydos et qui date du règne d'Anastase Ier (491-518) au début du VIe siècle. Les niveaux de taxation y sont détaillés et varient selon la nature des marchandises et la nationalité des commerçants.   
  
Ferry assurant la liaison entre Canakkale et Eceabat,
en août 2007 - (Wikimedia Commons - Alaexis )
Aujourd'hui, Madytos, devenue turque, se nomme Eceabat et compte 5 380 habitants, selon le recensement de 2012. C'est le chef lieu d'un district situé dans la province de Canakkale, la principale ville de l'ouest du détroit et située sur la rive asiatique. La cité a conservé sa vocation de point de passage : un ferry fait quotidiennement la liaison avec Canakkale qui se trouve un peu plus au sud. 
Vue d'Eceabat depuis la mer avec au centre la forteresse de Kilitbahir (XVe siècle)
(Wikimedia Commons - Alaexis)
Mustafa Kemal entouré d'officiers
sur le front des Dardanelles en 1915
(Wikimedia Commons)
La ville, avant de prendre son nom turc actuel, était désignée sous le nom de Maydos jusqu'au début du XXe siècle. Durant la bataille des Dardanelles, en 1915, c'est à Maydos que le colonel Mustafa Kemal établit son QG, mais on touche là davantage à l'univers du deuxième tome de la saga, revenons au premier tome...

Une fois arrivé dans la cité, Georges est déposé devant la basilique pour le synode tandis qu'Anthémios reste avec Rhômanos. Ce dernier doit déposer une barrique d'huile d'olive, chargée sur le chariot, dans un entrepôt appartenant au monastère dans cette ville. Le jeune postulant découvre au passage la cité et en particulier l'animation du marché aux poissons. Les eaux du détroit étant assez généreuses, on y trouve de nombreuses espèces et les bonites de Madytos sont plus particulièrement réputées. Après être passé à l'entrepôt, ils se rendent chez le négociant en vin. Celui-ci est occupé avec d'autres clients, des militaires. 

Pendant ce temps d'attente, Anthémios remarque dans la rue une fille magnifique qui lui fait beaucoup d'effet. Elle lui rappelle énormément Théodora qu'il a laissée à Melnik. Il constate également que malgré plusieurs mois passés au monastère, il était toujours autant attiré par les filles... il reste un adolescent dont les hormones sont en ébullition. En tout cas, la belle, de bonne condition visiblement, ne le laisse pas indifférent et le troublera longtemps. Rhômanos, ayant remarqué son intérêt pour la fille, ne manque pas de le charrier. Il lui apprend que cette beauté est la fille du gouverneur civil de la cité : le képhale. Ce qui lui confirme qu'elle est bien issue d'une famille de notables. Elle finit par disparaître au détour d'une rue, Anthémios la perd définitivement de vue. 

Les militaires quittent alors l'échoppe et Rhômanos part retrouver le négociant. Anthémios, encore dans ses douces rêveries se retrouve alors confronté à l'officier qui l'aborde de manière malsaine en le reluquant. Balafré, répugnant et aviné, l'officier lubrique voit Anthémios complètement mal à l'aise, provoquant l'hilarité de ses hommes. Le militaire lui parle de sa balafre en précisant qu'il la doit à un guerrier arabe. Anthémios est terrifié mais Rhômanos intervient alors, agacé, auprès du militaire pour qu'il le laisse tranquille. Le cellérier a suffisamment d'autorité pour faire céder le militaire. Au bout de quelques échanges et de prises de bec, l'officier finit par quitter les lieux avec ses hommes, non sans avoir été menaçant avant de partir.

Une fois l'affaire terminée avec le négociant, Rhômanos et Anthémios retournent à la basilique pour vérifier si le concile s'est achevé. Comme il n'en est rien, ils partent se restaurer dans une auberge. Anthémios est encore traumatisé et a besoin d'en discuter avec Rhômanos. Il veut savoir s'il connaît cet officier. Rhômanos lui répond qu'il dirige la garnison de la ville et qu'il s'agit d'un comte, ce qui n'est pas un titre aristocratique comme on pourrait le penser, vu de notre époque, mais d'un grade de l'armée byzantine. Un comte dirige une centaine d'hommes, voire un peu plus, ce qui le rend comparable à un centurion dans la légion romaine. Rhômanos lui explique surtout que c'est un être dangereux et vaniteux qui déteste les religieux. C'est aussi un ivrogne et un pervers qui aime les jeunes hommes. Rhômanos lui révèle enfin qu'il n'a pas été blessé par un guerrier arabe lors d'une victoire, mais par un cavalier bulgare durant la bataille de Virbitsa, l'une des pires défaites que l'Empire ait connu. 
Le Khan Kroum fêtant sa victoire sur Nicéphore,
miniature tirée de la Chronique de Constantin Manasses, XIVe siècle
(Wikimedia Commons - Protobulgarians.com)

Intervenue près de quatre ans avant notre histoire, le 26 juillet 811, cette bataille vit l'armée byzantine taillée en pièce par les troupes du Khan Kroum lors d'une embuscade. L'empereur Nicéphore y laissa la vie. On dit que Kroum fit de son crâne une coupe à boire plaquée d'argent. Anthémios comprend à travers ce mensonge toute la médiocrité et la vanité de l'officier. 

A la fin du repas, les deux hommes retrouvent Georges devant la basilique. Celui-ci est encore  plus décomposé qu'il ne l'était avant le concile... La mine des autres participants n'est pas plus joviale. Sur le chemin du retour, ils croisent à la sortie de la ville une nouvelle fois l'officier. Il adresse un rictus malveillant à Anthémios, mais les laisse partir sans faire de commentaires. Georges reste totalement silencieux. Au bout d'un long moment, Anthémios tente de lui poser des questions mais il le rembarre à tel point que le jeune homme se tait jusqu'au monastère.

Le soir, arrivé au monastère, Georges se rend au chevet d'Anastase pour lui rapporter ce qui s'est dit durant le concile. Il y restera tard dans la nuit. Anthémios ne sait pas encore de quoi il en retourne mais il a bien conscience que quelque chose d'important a été annoncé lors du concile. 

Le lendemain matin, Georges et Anastase sont présents lors de l'office de l'orthros. Si tout le monde est heureux de voir l'higoumène reprendre part à la vie communautaire, chacun remarque qu'il a l'air absent et préoccupé. Ce que Georges lui avait révélé semblait l'avoir profondément troublé. Anthémios ne le découvrira que dans le prochain chapitre... pour l'heure, il reste traumatisé par la rencontre qu'il a faite dans cette ville...

A bientôt.

Olivier.

      
    

mardi 11 mars 2014

"J'estime que La confession d'Anthémios est complémentaire de Byzance, An 800 (...) et que ce roman sera une excellente source d'inspiration..."

J'ai eu le plaisir de m'entretenir la semaine dernière avec Eric Dubourg, l'auteur de Byzance, An 800, le nouveau jeu de rôle à paraître aux Editions Sans Détour. Je vous propose de découvrir aujourd'hui cette interview exclusive pendant laquelle Eric est revenu en détail sur la genèse et les particularités de son projet. Il s'explique notamment sur les motivations qui l'ont poussé à développer ce jeu, sur les recherches qu'il a dû entreprendre pour le mener à bien et se projette sur ses évolutions futures. Enfin, il revient sur les raisons qui l'ont amené à recommander la lecture de mon roman La confession d'Anthémios dans le cadre de la bibliographie du supplément du jeu...  

C'est à Paris, dans un restaurant du VIIIème arrondissement que nous avons convenu de nous retrouver pour cet entretien. Et comme il fallait un lieu symbolique pour marquer cette rencontre entre auteurs, nous nous sommes donné rendez-vous dans un établissement situé rue de Constantinople, la plus byzantine des adresses parisiennes...


Actuellement en précommande, Byzance, An 800
sera disponible très bientôt dans les réseaux spécialisés
(Editions Sans Détour)
Eric, Byzance, An 800 constitue le premier volet d’une nouvelle gamme pour L’Appel de Cthulhu intitulée Le Mythe au cœur de l’Histoire. Quel a été l’élément déclencheur de ce projet ? Et pourquoi avoir choisi un cadre byzantin pour inaugurer cette nouvelle déclinaison du jeu ?

Le supplément est la réunion de deux passions avec d’un côté l’Appel de Cthulhu, et de l’autre l’histoire avec un grand H. Après avoir rédigé plusieurs scénarios (certains non encore publiés – je pense en particulier à une série de scénarios tournant autour du Mythe de Kukulkan, et au cours duquel les investigateurs voyageaient beaucoup, de Londres à l’Égypte ainsi qu’au Mexique), je me suis intéressé à l’Histoire, avec quelques scénarios publiés sur la toile (notamment un scénario sur l’Antiquité Romaine, « Carthago Delenda Est », téléchargeable sur TOC). Et il y a à peu près sept ans, lors d’une discussion avec un ami, nous nous sommes posé la question de quand datait véritablement la décadence de Byzance. De cette question a découlé plusieurs dates, et il y a cinq ans, je me suis dit, « et pourquoi pas jouer dans l’empire byzantin ? ». J’ai fait le constat qu’il n’existait en langue française aucun jeu abouti concernant la civilisation byzantine. Et je me suis lancé avec mon ami Benjamin. Et lorsque j’ai soumis mon projet à Sans Détour, ils ont accepté car ils pensaient au même moment lancer une sous-gamme historique pour l’Appel de Cthulhu. C’était en 2010. Et depuis, nous avons travaillé avec l’éditeur sur les textes, les illustrations et les plans de cité pour parvenir à un résultat qui j’espère plaira au plus grand nombre.

Basile Ier (812-886) à cheval (Détail tiré du Codex Skylitses Matrisensis, 

XIIème siècle, Biblioteca Nacional de Madrid : Wikimedia Commons - Zuckerfrei)

L’épopée de la civilisation byzantine s’est étirée sur un peu plus de mille ans. Pourquoi avoir situé plus spécifiquement l’action du jeu en 870, dans les premières années du règne de Basile Ier (867-886), plutôt qu’à une autre époque de l’ère byzantine ?

Il y a de nombreuses périodes phares qui sont à mon sens propices pour jouer byzantin : le règne de Justinien avec la reconquête de l’Occident, le siècle de l’iconoclasme pour jouer à fond sur les querelles religieuses, ou encore l’ère des Comnènes, avec les Croisades en toile de fond, et ce qui a été choisi : le règne de Basile et le début de la dynastie macédonienne. Toutes ces périodes, et d’autres encore, constituent un excellent cadre de jeu. Je voulais un cadre de jeu où les querelles religieuses étaient encore dans les esprits. La fin de l’iconoclasme date d’à peine moins de trente ans, ce qui signifie qu’une partie de la population s’en souvient encore. Et je voulais aussi un empire byzantin qui affirme sa grandeur face à ses ennemis, ses alliés et ses rivaux. D’où le début de la dynastie macédonienne, le début d’un nouvel âge d’or pour l’empire byzantin. C’est une phase d’expansion et de rayonnement, renforcée par l’aspect uchronique du jeu.

En quoi cet univers byzantin se prête-t-il bien à une adaptation de jeu pour L’Appel de Cthulhu ? Porterait-il en lui une part de fantastique qui le rapprocherait de l’univers de H.P. Lovecraft ?

Lorsque l’on parcoure les livres abordant le Mythe de Cthulhu, on constate que le Mythe a toujours existé, et qu’il est par conséquent intemporel. C’est la raison même de la collection le Mythe au coeur de l’Histoire. Les Byzantins, pourtant de fervents chrétiens, croyaient à la magie, aux présages et aux oracles. Ils croyaient que la sorcellerie leur permettait de se venger des torts qui leur étaient fait. Il y avait aussi à la cour de Byzance et en province, de nombreux complots politiques et religieux qui se montaient, parfois contre l’empereur, parfois contre tel dignitaire de province. Tout cela montre la présence du fantastique au jour le jour à Byzance, et par voie de conséquence, il paraissait très logique d’y inclure le Mythe. De plus, les campagnes sont encore pour certaines très imprégnées de paganisme (slaves, bulgares, Rus...), ce qui est aussi une porte aisée d’entrée pour le Mythe.

Le jeu, bien que se situant dans un contexte historique très précis, est volontairement uchronique. Pourquoi ce choix ? Favoriser l’intégration d’une dimension fantastique ? Diversifier les possibilités de scénario ?

L'Empire Byzantin à l'avènement de Basile Ier en 867 (Wikimedia Commons - Bigdaddy1204)
Le choix a été fait dès le départ d’avoir un univers qui puisse surprendre les joueurs, et faire apparaître le Mythe tel qu’il ne l’a jamais été. Il y a par exemple le mystère des anciens dieux qui sont de retour, ou encore la présence d’un empire sassanide. On a dans Byzance, An 800 des puissances en déclin, d’autres qui montent, ce qui crée un climat propice pour des complots politiques sur fond de luttes religieuses, et avec en arrière plan les anciennes croyances païennes de l’Antiquité. Cela peut permettre d’apporter de l’originalité dans les parties. De plus, les royaumes uchroniques (soit l’Égypte et l’Empire sassanide principalement) sont très liés au Mythe et en font un protagoniste privilégié. Conserver une partie de l'empire byzantin en Afrique du Nord facilite pour les gardiens la possibilité de jouer dans ces régions fertiles en occulte et pour les joueurs la possibilité de jouer à fond sur toutes les cultures existantes. Cependant, celui qui veut jouer purement historique le peut tout à fait. Il peut à son gré intégrer le Mythe ou non. Un travail d’adaptation est nécessaire pour adapter ce qui est dit dans les pays de la Tunisie à l’Égypte qui dans Byzance, An 800 sont différents de notre réalité.


Dans ce contexte, quelles missions les joueurs sont ils amenés à accomplir et à quels enjeux sont-ils confrontés ?

Les investigateurs peuvent être seuls contre le Mythe, ou encore ils peuvent faire partie d’une organisation puissante à la Delta Green, soit pour l’empire byzantin Omega Mystikos. On peut recréer dans un tel cadre les ambiances de suspicion, de complots et de paranoïa. Les joueurs peuvent être de simples aventuriers, des quidams confrontés à une menace occulte, des agents du pouvoir chargés de maintenir l'ordre même face aux horreurs occultes, des politiciens ou des agents de politiciens retors ou encore des victimes de machinations.



Pièces d'or byzantines à l'effigie respectivement de Basile Ier
et de son épouse l'impératrice Eudocie Ingérina (840-882)
accompagnée de leur fils Constantin, datées de 882, Constantinople
(Wikimedia Commons - Classical numismatic group)
Le travail de recherche et de documentation a dû être conséquent. Comment avez-vous réuni et compulsé vos sources ? Et sur combien de temps ces recherches se sont elles étalées ?

Effectivement nous ne comptons plus les heures passées en bibliothèques spécialisées pour noter ce qui nous paraissait très intéressant dans les nombreuses sources disponibles, à commencer par les essais parus par exemple dans Revue des Études Byzantines, Byzantion ou Byzantinoslavica. Ou à consulter des sources universitaires. Les recherches ont été organisées par grands thèmes qui correspondent tout naturellement aux chapitres de cet ouvrage (et aux ouvrages ultérieurs). Ainsi, la Grèce et la civilisation byzantine (pour ne citer que ces deux exemples) ont représenté un temps de recherche conséquent, dont je serais incapable de chiffrer la durée exacte. Je peux juste dire que globalement, entre recherches et écritures, cela fait cinq années que ça dure, et je considère (je parle là davantage des suppléments ultérieurs) qu’il y a encore des informations intéressantes que je n’ai pas, et qu’il me faut trouver, les suppléments n’en paraîtront que meilleurs.



Vous avez élaboré Byzance, An 800 avec l’aide de Benjamin Ott et de Celdric Turmel. De quelle manière vous êtes vous réparti les tâches dans le projet ? Chacun intervenait-il dans un domaine spécifique bien défini ?

Le projet byzantin a commencé à deux et a fini à trois. Avec Benjamin, on s’est plongé sur le développement du background, tandis que Celdric et Benjamin s’occupaient de la partie règles.

Le jeu contient, bien entendu, de nombreux lieux intrigants chargés de mysticisme ou de mystère. Je pense par exemple à cette étrange église en Arménie où celui qui y prie ou s’y recueille peut y connaître des visions divines (ou peut-être démoniaques ?), ou à ce monastère du Paraclet, en Carthagie, où l’on recueille et réconforte les fous et dont il est question dans le scénario 2. Ces lieux sont-ils authentiques ou totalement imaginaires ? Ou bien vous ont-ils été inspirés par des sites byzantins réels, mais imprégnés de certaines légendes ou réputations, que vous auriez ensuite transposés à votre gré dans le jeu ?

Certains de ces lieux sont authentiques, d’autres sont totalement imaginaires (comme le monastère du Paraclet). À chaque fois que cela était possible, nous nous sommes basés sur les sources archéologiques et historiques pour proposer quelque chose d’intéressant et d’original et qui soit propice à des aventures. Il arrive que l’on développe un lieu à partir d’une mention originale ou d’une anecdote, et dans ce cas on l’enrichit avec des descriptions appropriées.

Parmi les ouvrages conseillés dans la bibliographie du supplément du jeu, vous avez placé en tête de liste La confession d’Anthémios, le premier tome de ma saga. Qu’est-ce qui vous a décidé ou convaincu de le recommander ? Comment l’avez-vous connu et en quoi sa lecture est-elle utile selon vous pour les joueurs de Byzance, An 800 ? 

J’estime que ce roman, que j’ai découvert alors que je faisais des recherches sur Byzance sur internet, est complémentaire de Byzance, An 800. Il présente la civilisation byzantine sous un angle narratif, ce qui permet au lecteur une totale immersion dans le monde byzantin au moment de la seconde crise iconoclaste. Il sera pour les futurs gardiens une excellente source d’inspiration, une illustration de ce que pourrait être une aventure ou une campagne à la byzantine, en plus de ce qui est déjà présenté dans Byzance, An 800. Par exemple, les investigateurs pourraient aller sur les traces d’Anthémios, sur les lieux mêmes du roman, et découvrir ce qui s’y est passé un demi-siècle plus tard.

Cet e-book a été édité et révélé par le biais du financement participatif. Quel regard portez-vous sur ce nouveau mode d’édition ? Pensez-vous que ce principe du crowdfunding soit transposable dans le domaine du jeu de rôle et qu’il le sera un jour ?

Ce principe du crowdfunding est déjà d’actualité dans la sphère du jeu de rôle. Il y a de nombreux projets qui sortent, via Ulule ou pour les américains, Kickstarter. C’est par ce biais qu’a été financé Horror on the Orient Express aux États Unis, et qui est annoncé en français à l’été prochain, mais sans financement participatif.

Quels seront vos prochains projets après ce lancement ? L’élaboration du deuxième volet du Mythe au cœur de l’Histoire ?

Basile Ier et son fils, le futur Léon VI (866-912), enluminure tirée du Codex Skylitses Matrisensis,
XIIème siècle, Biblioteca Nacional de Madrid - (Wikimedia Commons - Ghirlandajo)
Évidemment ! L’histoire de Byzance ne s’arrêtera pas à un seul supplément. Lors de la sortie en boutique, arrivera une aide de jeu téléchargeable sur le site de Sans Détour appelée Omega Mystikos décrivant une organisation similaire dans son fonctionnement à Delta Green, mais en même temps totalement différente. L’empereur est conscient de l’existence d’Omega Mystikos, il en est même son chef. La suite est en cours d’écriture, et sera publiée par Sans Détour si Byzance, An 800 rencontre son public. Si cela arrive, alors pourra être abordé dans les suppléments suivants le cœur de l’empire (dont Constantinople en détail), les Royaumes du Nil qui apparaissent si mystérieux à la lecture du premier supplément, et bien entendu des aventures et des campagnes, ainsi que des idées pour poursuivre après le règne de Basile et ce jusqu’au règne d’Alexis Comnène (qui était initialement le cadre que j’avais choisi au démarrage du projet). Comme un supplément historique prend du temps à être rédigé, dès la fin de l’écriture de Byzance, An 800, je me suis lancé avec Benjamin vers d’autres aventures, dont Omega Mystikos est la première brique. Grâce au travail préparatoire, si succès il y a, les futurs gardiens n’auront pas besoin d’attendre trop longtemps pour la suite. Mais il n’y a pas que Byzance d’envisagé. Sans avoir encore rien écrit dessus (mais en ayant quand même compilé quelques sources archéologiques intéressantes), il y a trois autres périodes qui m’intéressent particulièrement, et qui jusqu’à présent n’ont jamais été abordés en jeu de rôle. L’un se situe dans l’Antiquité, l’autre au Nouveau Monde, et le dernier dans les mers du sud.

Une dernière question avant de conclure cet entretien : en 870, Anthémios, le personnage principal de mon roman, a 70 ans, il lui reste quatre années à vivre (il livre sa confession en 874) et il est un prospère négociant en vin de Thessalonique installé dans le quartier du port. Les joueurs de Byzance, An 800 auront-ils une chance de le « croiser », même fortuitement, au cours de leurs aventures ;) ? 

C’est quelque chose qui est loin d’être exclu en effet. Il est tout à fait possible – et souhaitable – que des scénarios rédigés par les futurs gardiens de Byzance, An 800 mettent en lumière le personnage d’Anthémios. Et bien d’autres encore, qui sommeillent dans l’imaginaire collectif. Je gage qu’avec ce roman ils trouveront de l’inspiration complémentaire à celle qu’ils, ou elles, trouveront en lisant Byzance, An 800 et Omega Mystikos.